back again

ça sent la térébenthine et le prosecco, il n y a plus de bruit, plus un seul, depuis ce matin. on a creusé dans le linoléum avec une gouge, on est resté droit comme un piquet sous la douche, le pommeau intransigeant. on est resté. on a tout enchaîné sans y chercher de sens. je reçois un mail, je me réjouis de la lecture, j’ai allumé trois bougies, renaissance, saleté. un ami me dit qu’il se réjouit de recevoir un vagin en silicone pour noël. je prends un air sérieux, concerné, j’essaie de répondre, puis rien, je réchauffe de l’eau, je bois de l’eau chaude, sans rien, par dessus le vin blanc, par dessus les couches de silences et d’oeillères. j’arrête d’écrire, d’ailleurs je ne ris pas, je suis sérieuse, concernée, terrée dans le sofa, un peu saoule et seule, je pourrais faire de la peinture ou vivre n’importe quoi. je pourrais. devant moi le compost déborde, j’y réfléchis un instant et par ricochet je pense à des théories situationnistes, puis à la grotte Chauvet, aux machines à coudre qui me font envie. c’est toujours comme ça, ça part d’un vagin en silicone et ça dévie sur mes responsabilités écologiques, et des délires troglodytes. dans le silence et les quelques odeurs il y a eu des amies, elles sont venues, on a bu les trois, j’avais encore les yeux gonflés de pleurs. la seule équivalence que j’ai trouvé, dans mon imaginaire, ce sont les fleurs du photographe Araki, et les bourgeons. plus rien de sexuel, juste des aberrations roses, ourlées vulgaires. si on met bout à bout dans une vie tous les moments où on pleure, je suis sûre que ça ne fait pas de collier. à peine un fermoir. ça fait en tout cas beaucoup de décors et de joues collantes. les névroses ne sont pas romantiques. mon chandelier ne rend pas mon intérieur cosy ou agréable, les lumières se réverbèrent contre les grandes fenêtres, les traînées jaunes dansantes me rappellent à l’immobilité du matin, sous le pommeau. j’ai envie d’hurler mais aussi de me coudre à leurs peaux, je n’ai plus envie qu’elles partent, je ne consulte plus mes mails je me sens trop sollicitée, c’est trop sombre et personne ne pense à allumer, l’alcool est mauvais, ça sent le camphre dans la salle de bain (produit de douche + pommade pour les douleurs musculaires), renaissance, saleté, un ami m’a demandé en riant à partir de quand l’hygiène devient une préoccupation, il m’a dit qu’il passait parfois trois jours sans se doucher, peut-on appeler cela de la folie ? aucun de nous deux rigole (ce n’est pas celui du vagin en silicone), force-toi à sourire et à peindre maintenant tout de suite parce qu’après il y aura la nuit et la bascule si violente de la saison et le froid trop cru, retiens-les, fais une couverture de leurs cheveux, tu les aimes tellement, tu ne les écoutes plus parler, même silence qu’au sortir du lit, les lèvres remuent, bourgeons gelés idiots, elles rient comme si rien n’était grave, elles ne doivent pas s’occuper du compost ou de leurs lessives. je serais beaucoup plus heureuse si je n’avais pas vue direct sur l’hiver et les troncs râpés, Araki a appelé un de ces livres voyage d’hiver, il photographie sa femme décédée, Yoko, en 1990. l’hiver dernier j’étais à Paris, peu importe. je débarrasse la table, éteins les bougies, je vois juste leurs vêtements qui remuent jusqu’au corridor pour partir, je dis depuis la cuisine que je suis heureuse, je verse le prosecco dans l’évier, la fin, il y a le grand fracas des vestes d’hiver, ces textiles respirants et isolants, qui déforment tout le monde, tout se froisse, j’ai déjà envie d’être seule, mais une fois reparties je me demande pourquoi je ne retiens rien. alors le camphre la térébenthine et le mauvais vin me remontent en chorale et, dans le silence et les arbres dissolus, je pense surtout aux nus d’Araki, et je bénis la masturbation qui fait passer les jours et les angoisses.

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